Pourquoi écrire ses souvenirs d'enfance ? Le pouvoir des petits moments
En tant que biographe, j'aide des personnes à écrire leurs mémoires. Pourtant, ce sont souvent les petits souvenirs – un jeu d'enfance, une odeur, un rire – qui les émeuvent le plus. Pourquoi ? Parce que ces fragments, en apparence anodins, portent en eux toute une vie d'émotions.

Lundi dernier, en lisant Les Misérables de Victor Hugo, à un petit groupe de résidents en EHPAD, une dame a souri à un souvenir d'enfance.
Elle s'est souvenue d'un jeu qu'elle faisait avec sa sœur. Ce sourire m'a rappelé, en tant que biographe, à quel point les petits souvenirs, bien plus que les grands évènements, façonnent notre mémoire. Ils ont le pouvoir de nous emporter dans les méandres de notre passé. Notre mémoire retient mieux les émotions que les faits. Et c'est ce qui fait la richesse de nos récits de vie.
Lors de cette lecture, il était question de Cosette. Cette petite fille de huit ans, qui en paraît six à force de mauvais traitements, a réussi malgré tout à s'inventer des jeux : elle s'est fait une poupée d'un petit couteau, grand comme le doigt, qu'elle a emmailloté d'un petit morceau de chiffon.
Pourquoi les petits souvenirs d'enfance comptent plus que les grands évènements
C'est une des participantes qui souhaitait réentendre les aventures de Cosette. Elle en gardait un souvenir fort de son enfance. Quand la discussion s'est ouverte, suite à la lecture, une autre dame se rappelle alors d'un jeu qu'elle avait avec sa sœur et une boîte de dominos :
« Je jouais avec ma sœur à la maîtresse. Notre salle de classe était une boîte de dominos. Nous piochions nos élèves au hasard parmi tous les petits rectangles de bois. Nous les installions debout, côte à côte, deux par deux. Je ne sais plus trop comment nous avions aménagé les règles de ce jeu, la seule chose qui me reste, c'est que les doubles représentaient les mauvais élèves. Tout le plaisir résidait à savoir si le hasard et la chance allaient être de notre côté ou pas, si nous allions tirer des doubles ou non. »
Cette évocation la fait sourire, son visage s'anime et le haut de son corps se redresse. Comme si le temps avait fait un bond en arrière.
Elle ne sait plus si c'était une bonne chose d'avoir des doubles dans sa classe ou non.
Était-ce plaisant de jouer les mauvais élèves ? Oublié.
Ce n'est pas le jeu en lui-même qui compte, mais l'émotion qu'il réveille. Oui, c'est agréable de se souvenir. C'est dommage, me dit-elle, sa sœur est décédée il y a quelques années et elle ne peut plus partager cela avec elle.
« C'est ça qui n'est pas facile, quand on vieillit… On reste seul avec quelques bribes que personne ne vient plus alimenter. »
Le témoignage de cette dame et son sourire m'ont rappelé à quel point les petits souvenirs, bien plus que les dates ou les grands évènements, façonnent la mémoire de qui nous sommes. Ce qu'il nous reste, au final, ce sont des détails, des sensations, des émotions qui, à un moment précis, nous ont traversés.
La puissance de ces petits riens est immense. Nous ne les pensions pas très importants sur le coup, et pourtant, ce sont eux qui refont surface pour notre plus grand plaisir. Ils nous replongent immédiatement au cœur de sensations que nous avions perdues et nous ouvrent souvent les portes d'autres souvenirs. Comme des dominos que l'on assemble l'un à la suite de l'autre, en diverses directions.
Pourquoi les petits souvenirs comptent-ils autant ?
- Parce qu'ils sont liés à des émotions fortes (joie, nostalgie, surprise).
- Parce qu'ils sont uniques : Personne d'autre n'a vécu exactement les mêmes moments que vous.
- Parce qu'ils réveillent d'autres souvenirs : Un détail peut faire resurgir toute une époque.
- Parce qu'ils vous définissent : Ce sont ces petits riens qui font de vous la personne que vous êtes aujourd'hui.

Écrire ses souvenirs et capturer les instants éphémères
En tant que biographe, je suis convaincue que tous ces petits morceaux devraient être conservés précieusement. L'écriture est un filet à souvenirs. Elle permet de conserver les petits fragments qui nous constituent, de relire quand l'envie nous prend, de contempler et revivre ce qui nous fait.
On n'écrit pas seulement pour ses proches, l'écriture biographique permet de se redécouvrir soi-même. Cette dame avait peut-être oublié ce jeu depuis longtemps. La lecture de quelques lignes de Victor Hugo l'a fait ressurgir. L'écriture produit souvent le même effet : en racontant un épisode, d'autres reviennent à leur tour.
Pourquoi écrire ses souvenirs ?
- Pour les fixer avant qu'ils ne s'effacent : Notre mémoire est fragile. Écrire, c'est comme prendre une photo de vos émotions.
- Pour les partager avec vos proches : Vos enfants ou petits-enfants adoreront découvrir ces petits
riens qui vous ont façonné
.
- Pour vous redécouvrir : En écrivant, vous ferez resurgir des souvenirs oubliés (comme la dame et son jeu de dominos).
- Pour laisser une trace : Un récit de vie, même court, est un cadeau inestimable pour les générations futures.
Biographe : comment vous aider à préserver vos souvenirs
Je suis sortie de cette rencontre convaincue d'une chose : il faut écrire davantage nos souvenirs ordinaires. Pas les grandes étapes, mais ces petits moments dont l'importance ne se révèle que plus tard.
Et vous ? Quel petit souvenir d'enfance aimeriez-vous sauver de l'oubli ? Prenez une feuille, un stylo… et laissez les mots courir sur la page. Avant qu'il ne soit trop tard.
Si vous souhaitez être accompagné pour écrire vos mémoires, découvrez mes services de biographe :
